claire angelini –jeanne film

 

Ce film repose sur l’envie de réactualiser un personnage longtemps oublié,  la paysanne Jeanne Barret et de lui donner des « sœurs ». Ce projet, né d’un « atelier culturel » mené à Autun où trois femmes me sont apparues comme les personnages possibles d’une aventure cinématographique, est un film au féminin.




PRODUCTION


La HUIT Production, en partenariat avec Vie des Hauts Production et la Région Bourgogne Franche-Comté.




 

QUI EST JEANNE


Paysanne née le 27 juillet 1740 à la Comelle, dans un village du Morvan, elle devient la servante du médecin naturaliste Philibert Commerson qui participe au voyage autour du monde de l'explorateur Bougainville en 1767. Comme il est interdit aux femmes de naviguer sur les vaisseaux royaux, elle l'accompagne déguisée en valet. L'expédition embarque à Rochefort, fait halte à Rio de Janeiro, passe le détroit de Magellan, vogue en Océanie, trouve sur son chemin l'île de Tahiti, et fait relâche à Batavia (l'actuelle Djakarta). C'est à l'île Maurice que son périple s'achève provisoirement : reconnue femme par l’équipage, on la débarque. Commerson, malade descend aussi à terre. Il décède en 1773. Jeanne elle, rentre en France trois ans plus tard, après un mariage avec un tambour-major. Elle finit ses jours dans le Périgord.


Jeanne et l’histoire


Jeanne existe dans un repli de l’histoire du XVIIIe siècle riche en travestissements. Son aventure de femme-déguisée tient du fait-divers et on ne sait ni pourquoi ni comment elle a réussi ce voyage dans ces conditions si particulières. Vingt ans avant la Révolution française, son nom apparaît dans une citation de son maître botaniste qui lui dédie une plante. Mais aussi chez le philosophe Denis Diderot qui évoque son travestissement dans son Supplément au voyage de Bougainville. Les officiers de marine témoins de son aventure, parlent d’elle de façon salace, tandis que des commentateurs actuels, historiens ou journalistes, affirment qu’elle est une figure idéale pour convoquer le féminisme, la nature, etc. Bref, Jeanne est d’abord un personnage de roman qui convoque une envie de fiction.

La place de Jeanne: ce qui motive ce film


C’est dans le Morvan lors du tournage de mon dernier film, Au temps des autres, sur la « figure de l'étranger », que l’on me parle d’elle. Je suis intriguée par cette lointaine aventurière botaniste déguisée en homme. La capacité de cette femme pauvre à trouver sa liberté et à la défendre en usant du travestissement face aux rigueurs des lois, au partage étroit des sexes et des fonctions sociales, me touche. Et sa personnalité complexe de femme inassignable à un destin ou une personnalité unique (l'amoureuse, l'aventurière, la travestie ou encore la scientifique) m'intrigue, car elle est certainement et en fonction des circonstances, toutes ces personnalités à la fois.


Mais Jeanne a-t-elle un sens pour d’autres que moi ? Et comment rendre vivante la leçon qu’elle nous laisse ?


JEANNE, UN RÉCIT DOCUMENTAIRE CONTEMPORAIN


Mon envie de réactualiser Jeanne au présent de femmes d’aujourd’hui, s’éprouve d’abord au sein d’ateliers menés dans le quartier Saint-Pantaléon d’Autun, via un FAP (Fonds d’aide au projet), à l’été et à l’automne 2020. L’objet de ce travail est de faire découvrir l’histoire de Jeanne à des habitantes de ce quartier prioritaire. C’est surtout l’occasion, pour ces personnes d’origine essentiellement étrangères de raconter leur propres parcours. Au fil de nos sessions collectives, la référence à Jeanne agit comme un « révélateur biographique » : elles se sentent autorisées à parler aussi d’elles, et ce faisant, découvrent qu’elles sont des « sujets d'histoire ».

Au fil des ateliers, trois participantes se singularisent. Je découvre en elles de véritables « sœurs modernes » de Jeanne et en « inversion de lieu » de ma paysanne lointaine : Yadira, mexicaine et indienne métis, Geneviève, malgache et enfin Marie-Ange, mauricienne. Se projetant dans le personnage, elles réfléchissent à son aventure à partir de ce qu’elles sont et de ce qu’elles ont fait. Inversement, Jeanne qu’elles font exister au présent de leurs existences personnelles, leur sert d’étrange miroir pour leur vie : c’est un aller-retour fécond entre deux temps de l’histoire.


Mettre en scène l’histoire de mes personnages dans le Morvan


Inscrire leurs récits dans les paysages du Morvan, c’est pour moi nouer ensemble leur parole et ces lieux et affirmer ce principe d’une inversion des trajectoires puisque Jeanne, à rebours, était partie de là.

Il s’agit d’abord de la commune de la Comelle, à une quinzaine de kilomètres d’Autun et qui vaut comme l’origine de mon histoire : car Jeanne y a puisé son inspiration entre les champs cultivés, la forêt, la rivière, les animaux sauvages et domestiques et les plantes. Ensuite, et sur un mode poétique, j’élargis mon regard à d’autres paysages du Morvan qui me suggèrent des analogies possibles avec son grand voyage : lacs et étangs l’hiver pour renvoyer au détroit de Magellan (Pannecière, étang de la Goulette). Pépinière luxuriante l’été pour évoquer la partie indonésienne du voyage (l’îlot vert, Saint-Léger sous Beuvray). Terres ocre pour suggérer les Mascareignes (Canche). Enfin, domaine du XVIIIème siècle pour évoquer la petite colonie de l’île Maurice (Digoine).

Ainsi naît une nouvelle cartographie, morvandelle, inverse du gigantisme de la circumnavigation de Jeanne. Filmer ces récits de l’ailleurs dans des paysages d’ici, c’est pour moi transformer le regard sur ces lieux. Ils y deviennent le réceptacle d’une narration où ce qui est montré vaut pour l’expression mystérieuse et troublante d’une altérité.


JEANNE, CETTE FICTION


Jeanne qui est Marie-Julie qui est Jeanne


Jeanne est une personnalité mystérieuse : d’elle peu de traces et autour, de rares témoins. La fiction me permet alors d’imaginer ce qui a motivé cette aventure. Surtout, je pars du constat qu’il m’est impossible d’en livrer une vérité unique. Je décide alors de retourner cette difficulté au profit du film : exposer la fiction de Jeanne consistera à déployer des hypothèses comme autant de variations autour des incertitudes entourant ce périple. C’est une sorte de réponse cinématographique possible au mutisme de l’archive. J’explore alors les possibles de Jeanne « dans leur fiction même » et sans proposer un  personnage ni une histoire « fixés ». Une pluralité qui fait d’ailleurs écho aux récits pluriels de mes personnages documentaires.


Mon parti pris esthétique est la mise en scène de ces hypothèses avec une actrice –Marie-Julie Lemercier – dans un théâtre historique, celui d’Autun, une scène à l’italienne datant de 1880.  Cette référence matérialise pour moi l’idée « d’exposition de la fiction », outre qu’elle fait écho littéralement à la scène mouvante et minuscule du bateau où Jeanne a voyagé.


Je choisis de mettre dans la bouche de Jeanne un long monologue inspiré de la langue et des tournures du XVIIIe siècle, écrit spécialement pour ce film et que l’actrice « performe ». Cela me permet d’imaginer ce qui est demeuré jusqu’ici dans le hors-champ de l’histoire : un point de vue porté au féminin. Et de redonner symboliquement la parole à cette femme qui ne l’a jamais eue.


JEANNE UN RÉCIT DE VOYAGE AU XVIIIÈME SIÈCLE


Des documents cartographiques, des objets et des images ayant statut d'archives contribuent à replacer l’aventure de Jeanne dans le contexte politique du  grand voyage de Bougainville, qui avait pour but « la découverte de terres nouvelles au nom du roi Louis XV » et l’implantation de colonies pour faire fructifier des épices dont la Hollande détenait alors le monopole. Une « histoire de conquête » s’y raconte en creux, qui  a partie liée avec les destins de Yadira, Geneviève et Marie-Ange.


Ce sont d’abord les cartes de géographie réelles du voyage du livre du voyage de Bougainville: les lacunes de sa cartographie témoignent de la dangerosité de ce périple et des conditions aléatoires de la navigation.

Ce sont ensuite des documents, gravures, dessins, aquarelles : ils dévoilent la vie au Brésil ou dans les Mascareignes, cet univers clivé entre les Blancs qui vivent à l’Européenne et les Noirs employés dans les plantations et sur les domaines coloniaux.

Ce sont également des spécimens anciens issus des collections du Museum d’histoire naturelle d’Autun, oiseaux et poissons taxidermisés, papillons, insectes et coquillages exotiques issus des régions traversées par l’aventurière. Ils se font l’écho d’espèces aujourd'hui éteintes ou en sursis mais que Jeanne a côtoyés dans son voyage. Ils témoignent de la passion de cette époque pour les collections naturelles et de son ambiguïté – puisque ce que l’on classe et que l‘on étudie, a été détruit ou tué – mais aussi bien sûr, de la fantastique diversité du vivant.

Enfin, les herbiers de Philibert Commerson conservés au Museum d’histoire naturelle de Paris disent le travail accompli par Jeanne autant que l’oubli qui avait recouvert sa mémoire.



JEANNE ET LES PERSONNAGES DOCUMENTAIRES


Il s’agit ici d’organiser la rencontre entre la fiction et le documentaire, et d’en capter les tenants et aboutissants: une scène est en effet ménagée, où l’actrice, surgissant dans le paysage, vient à la rencontre des personnages documentaires qui n’y sont pas préparés, et suscite leurs réactions spontanées, puis leurs confidences et leurs commentaires.

Découpée ensuite au montage en fonction des sujets abordés, cette scène, présentée dans une certaine discontinuité narrative, permettra surtout de faire jouer la relation entre la fiction et le documentaire dans le cours du film.






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FILM       

JEANNE FAIT DES SIENNES

FILM EN DÉVELOPPEMENT

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